Pour une équipe de direction diversifiée
Normand Wener
PhD en sociologie, professeur titulaire retraité,
spécialisé en communications organisationnelles
Nos écoles présentent souvent des directions composées de personnes qui se ressemblent beaucoup dans leurs façons d’entrer en communication et d’intervenir. Ces personnes de bonne volonté rencontrent donc les mêmes difficultés de relations avec les mêmes enfants, parents ou membres du personnel. Il convient donc de nous poser quelques questions sur la composition de ces équipes qui regroupent des individus qui s’entendent bien, peut-être parce qu’ils se ressemblent trop. Pourtant, pour une gestion efficiente, la diversité a bien meilleur goût.
Dans cette perspective de diversification, voici un outil, relatif comme tous les outils, qui peut aider à bien composer son équipe. Ce n’est ni une recette, ni un absolu.
Depuis quelques années, des chercheurs ont identifié 4 types de ce que j’appelle des « personnalités publiques ». Il s’agit essentiellement des images que l’on projette quand on entre en relation. Vu que nos interlocuteurs ne décodent pas notre message à partir de ce que nous sommes mais bien à partir de l’image qu’ils se font de nous, ils ne réagissent pas à nos intentions mais à ce qu’ils croient être nos intentions. Connaître ces stéréotypes peut nous aider à mieux comprendre le message reçu par nos interlocuteurs.
Aucune personne n’épouse parfaitement l’un de ces types mais, généralement, une dominante apparait assez clairement. De plus, selon les circonstances, l’individu aura tendance à utiliser une attitude typique d’un de ses types secondaires pour se tirer d’embarras. Le moment de la rencontre, le lieu, l’objet, les rôles joués par chacun de même que les schémas culturels intériorisés dès l’enfance sont aussi à considérer. C’est plus complexe que ça peut le sembler.
Donc, sous toutes réserves, voici une brève description de ces 4 types.
L’analytique est la personne qui exprime peu sa sensibilité personnelle et ne tente pas de contrôler l’interaction : réaction lente, effort maximal pour organiser, centrée sur les processus, cadre de référence historique (les leçons du passé et les faits présents permettent de planifier l’avenir), prudence dans l’action (stabilité, contrôle, continuité), objectivité, besoin de vérité et de pertinence.
Le directif est celui qui livre peu sa sensibilité personnelle et tente de contrôler l’interaction : réaction rapide et autoritaire, effort maximal pour contrôler par des affirmations catégoriques, centré sur la tâche, préoccupation minimale pour l’analyse et la réflexion théorique (son point de vue, c’est le « bon sens »), son cadre de référence est le présent pour une action directe et immédiate, besoin de contrôle et de résultats.
Le type aimable manifeste sa sensibilité personnelle et n’a pas tendance à contrôler l’interaction : réaction modérée, effort maximal pour entrer en relation (spontané, chaleureux, sensible, empathique, perspicace), centré sur les personnes, préoccupation minimale pour la logique formelle, son cadre de référence est le présent, action de support, tendance à éviter les conflits, besoin de coopération et d’acceptation.
L’individu expressif transmet sa sensibilité personnelle et tente de contrôler l’interaction : réaction vive (imaginatif, enthousiaste, provoquant, original), effort maximal pour s’impliquer, centré sur l’interaction, préoccupation minimale pour la routine et la conformité (décision rapide suivie au besoin d’ajustements), son cadre de référence est le futur, impulsif, éviter l’isolement, besoin de stimulation et d’interaction.
Il me semble aussi pertinent de vous indiquer, toujours de façon générale et simplifiée, comment composer avec chacun des styles personnels de communication au travail.
Avec l’analytique : expliquez-lui d’abord comment (organisation), procédez de façon systématique (processus), appuyez-vous sur ses principes, présentez des faits documentés (référence au passé), précisez les échéances (prudence dans l’action), soyez patient, organisé et logique.
Avec le directif : expliquez-lui d’abord de quoi il s’agit, procédez rapidement (pas d’inaction), mettez l’accent sur les résultats (la tâche), proposez une action immédiate (référence au présent), laissez-lui une marge de manœuvre (besoin de contrôle), soyez factuel, rapide et efficace en allant droit au but.
Avec l’aimable : expliquez-lui d’abord de qui il s’agit (relations), procédez en douceur, offrez du soutien à la personne, abordez des sujets personnels, demandez-lui de prendre des initiatives, soyez gentil, précis et calme (coopération).
Avec l’expressif : expliquez-lui d’abord pourquoi, procédez de façon enthousiaste (réaction vive), tenez compte de ses intentions (s’impliquer), parlez des gens et des opinions (pas d’isolement), fournissez un cadre de discipline (impulsif), soyez stimulant et ouvert.
Il est possible que dans les descriptions qui précèdent, vous puissiez retrouver quelques qualificatifs qui vous semblent plus négatifs. Je m’en excuse. Elles ne font appel à aucun jugement moral. Il n’y a pas de bons ou de mauvais types mais des « personnalités publiques » différentes. L’idéal, que j’ai déjà eu la chance de vivre, est de retrouver le bon type dans le bon poste. Cette tâche vous appartient.
