De l’école d’hier… à l’école d’aujourd’hui… et de demain!
« Je préfère me débarrasser des faux enchantements pour pouvoir m’émerveiller des vrais miracles » Pierre Bourdieu, sociologue ; 1930-2002
Études, articles de fond, témoignages ou tribunes libres traitant d’éducation, au moins un sujet semble faire consensus au niveau des préoccupations que suscite la formation des jeunes, à savoir ce que sera l’école de demain : Quelle sera sa mission ? Quel rôle jouera-t-elle dans la société de demain ? Quelles sont les responsabilités qui lui incomberont ? En un mot, QUEL EST L’AVENIR DE L’ÉCOLE ?
Dans notre intention de rendre vie au magazine de la FQDE, nous vous proposons ce sujet majeur qu’est le rôle de l’école de demain. Nous vous le proposons sous forme de tribune au bénéfice de nos lectrices et lecteurs et pour cela, nous souhaiterions recueillir vos commentaires, vos points de vue, vos idées, l’objet de vos déceptions et de vos espoirs sur ce qu’est notre école actuellement et selon vous, sur ce qu’elle devrait être dans l’avenir. La parole pourrait être offerte à tous les intervenants du monde scolaire, incluant bien sûr les élèves - principaux acteurs de leur formation - et leurs parents.
Afin de nous mettre en contexte, nous nous permettons ces quelques réminiscences sur l’évolution du rôle de l’école dans son histoire.
L’ÉCOLE D’HIER :
Le rôle de l’école est un sujet ni nouveau ni original. En fait, depuis que les Grecs ont utilisé le terme « école » pour la première fois, les sociétés n’eurent de cesse de s’en préoccuper et la question de son rôle est inlassablement revenue au fil des grandes étapes de l’histoire de l’éducation.
Qu’il s’agisse des royaumes d’Orient ou des cités de l’Occident, qu’il s’agisse d’éducation philosophique, administrative ou guerrière, le rôle de l’école, à son origine, était dicté par les valeurs fondamentales des sociétés d’alors. Ce rôle pouvait donc varier d’un empire à l’autre, mais quel qu’il fût, une première réalité prenait forme : L’éducation ne s’adressait qu’à l’élite de sa société et qui plus est, aux hommes « faits », qui, plus tard, occuperaient les postes administratifs et gouvernementaux.
En ce qui concerne le monde occidental, ce n’est que bien des siècles plus tard, à l’apogée de l’Empire romain, que l’éducation se « démocratisa ». Avant cela, l’école n’était pas destinée aux enfants, dont l’éducation était confiée aux femmes et aux « pédagogues », fonction occupée à cette époque par des esclaves grecs pour la plupart. Mais l’idée de démocratie n’était sans doute pas tout à fait celle que l’on s’en fait aujourd’hui.
C’est pourtant dans cet esprit que l’école de la Rome Antique - mixte - , ouvrit ses portes aux enfants dès l’âge de 7 ans et jusqu’à 15 ans pour les garçons …. mais seulement jusqu’à l’âge de 11 ans pour les filles. Il faut également mentionner qu’à cette époque, la violence dans l’éducation était particulièrement présente.
L’ÉCOLE D’AUJOURD’HUI :
De l’école que nous venons d’évoquer à celle que nous connaissons aujourd’hui, les transformations auront été majeures et les progrès en éducation immenses. Notre propos aujourd’hui n’est pas d’en faire l’historique - quoique l’intérêt soit réel - , mais il ne faudrait surtout pas mettre de côté, lors de nos réflexions, cette longue et extraordinaire croisade qu’aura été l’histoire de l’éducation, de l’Antiquité à nos jours.
Revenons cependant à notre préoccupation immédiate qu’est la situation de l’éducation au Québec. Sous l’angle de son accès et de la qualité des services qui y sont offerts, de nombreux rapports qualifient l’éducation au Québec comme « une spectaculaire réussite » au cours des quarante dernières années :
- Réussite quant à la fréquentation scolaire;
- Réussite quant à la diplomation;
- Réussite quant à la qualité de la formation.
À titre de récente référence, les chiffres et tableaux comparatifs présentés dans le Rapport sur l’accès à l’éducation déposé au ministre de l’Éducation en octobre 2005, en témoignent avantageusement. Alors que le Québec des années 60 connaissait un important essor démographique, ses gouvernements successifs s’engagèrent dans des efforts considérables - en cela, hautement supportés par la population et les acteurs du milieu de l’éducation - pour bâtir un système scolaire apte à rencontrer les exigences élevées de formation et de développement de la personne, que requièrent les sociétés modernes.
Il serait malaisé de remettre en question les données factuelles de ce rapport qui placèrent le Québec à des rangs tout à fait acceptables lors des participations de ses élèves aux épreuves internationales (PISA) de l’OCDE.
Mais en éducation, les succès ou les améliorations ne sont souvent qu’embellis, et le Québec n’échappe malheureusement pas à cette règle.
À l’enthousiasme - rarement unanime, toutefois - que soulève une nouvelle pratique pédagogique, une refonte de programme ou une plus large réforme, succèdent rapidement désappointement, crainte de l’échec et lassitude professionnelle de la part des intervenants scolaires. En conséquence, quelles que soient la hauteur et la pertinence des efforts consentis par chacun, l’image que projette le milieu scolaire au Québec est depuis plusieurs années, trop souvent et très injustement délétère.
Aujourd’hui, les raisons invoquées pour expliquer le fléchissement de cette réussite sont de plusieurs ordres :
- Évolution démographique inégale;
- Contraintes financières;
- Position de l’Éducation dans les priorités de la population québécoise.
ALORS, DE QUEL MAL SOUFFRE NOTRE ÉCOLE ?… OU PEUT- ÊTRE FAUDRAIT-IL SE DEMANDER PLUTÔT DE QUEL MAL SOUFFRE NOTRE SOCIÉTÉ….!?!?
L’ÉCOLE DE DEMAIN :
Il serait bien hasardeux de prétendre que l’école de demain, celle du 21e siècle, soit totalement différente, dans sa finalité, de celle dans laquelle nous œuvrons aujourd’hui. Depuis sa création, si l’école est le ¨reflet de sa société¨, elle est aussi consignataire et garante des valeurs fondamentales de cette même société. Certes, elle ne doit pas accumuler de trop grands retards en regard du développement technologique et des besoins de formation et de qualification de la main-d’œuvre, mais elle ne peut pas - ni ne doit sans doute pas - avancer au rythme de l’évolution sociale. Porteuse de l’histoire et de la culture, son rôle de régulation et de transmission des valeurs, est indispensable à l’équilibre de la société.
Certes, elle devra se moderniser et plus vite qu’elle ne l’a fait jusqu’à maintenant; oui, elle devra s’adapter à des réalités d’acquisition des connaissances différentes de celles qu’elle a connues et oui, elle devra imaginer des moyens efficaces de favoriser la motivation scolaire - surtout celle des jeunes au secondaire.
Il s’agira bien sûr de changements majeurs, mais ces changements ne seront pas le plus grand défi de l’école. Il est erroné de croire qu’elle n’est pas sensible aux modalités d’apprentissage plus souples, dans une organisation scolaire plus ouverte et mieux adaptée aux réalités de la formation tout au long de la vie. D’une certaine façon d’ailleurs, elle le revendique depuis fort longtemps, en réclamant son autonomie et sa responsabilisation.
Non, le plus grand défi de l’école de demain sera celui de recevoir la reconnaissance que sa société lui doit : la reconnaissance de l’ampleur de la tâche qui lui a graduellement été confiée aux cours des deux dernières décennies; la reconnaissance du peu de soutien et de préparation qu’on lui a accordés pour la mener à bien.
En d’autres termes, que l’on reconnaisse enfin que « l’école au centre de sa communauté », s’y est finalement souvent retrouvée seule et livrée à elle-même. Et que de fait, l’on prenne la mesure du désengagement et de la déresponsabilisation de d’autres secteurs ou groupes d’intervention concernés.
Pour la presque totalité, les citoyens des nations dont les résultats sont les plus élevés, adhèrent au système d’éducation qui leur est proposé, ont une haute opinion du rôle que joue l’école dans le développement de la jeunesse, supportent et collaborent avec les intervenants du milieu scolaire.
Bien définir le rôle de l’école de demain est fondamental et il nous appartient d’y participer. Mais pour que l’école de demain connaisse le succès qu’elle est en droit d’espérer, il faudra aussi qu’elle devienne l’école d’une société toute entière… que l’on respecte et que l’on protège.
Références:
- Rapports sur l’Éducation de l’organisation de coopération et de développement international (OCDE), archives.
- Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Les éditions de Minuit, 1964
- Rapport sur l’accès à l’Éducation, L’éducation : l’avenir du Québec, MELS, 2005
- Institut national de recherche pédagogique (INRP), archives, France
- Encyclopédie libre, wikipédia
Gérard Tricoche
Rubrique: Tribune
