L’homosexualité et la bisexualité : il faut en parler à l’école
Je me souviens d’avoir dit à une fille qu’elle était la plus belle de l’école. On m’a rapidement traitée de lesbienne… jusqu’à ce que je déroule un condom plus rapidement qu’un garçon alors que nous étions tous les deux montés sur une scène devant les étudiants rassemblés au gymnase pour une conférence sur l’éducation à la sexualité. Un jour, j’étais lesbienne et le lendemain, j’étais la fille avec de l’expérience avec les gars.
À l’école, chaque petit détail anodin peut devenir une occasion d’apposer une étiquette à un jeune. Même si cet épisode est plutôt anecdotique, il existe des cas de discrimination qui font plus mal. Par exemple, un ami a fait face à la violence de son père quand il lui a annoncé son homosexualité. Un autre s’est fait demander de quitter le domicile familial à cause de son homosexualité. Il y a déjà près de 20 ans qui se sont écoulés depuis.
Laissez-moi donc vous informer, si vous l’ignorez, que l’homophobie occupe encore les cours d’école en 2010. Dans une école primaire du quartier Centre-Sud, des garçons se font traiter de gais, de fifs, de moumounes et de tapettes. Dans le Village gai, des jeunes se moquent de l’homosexualité exposée dans les vitrines ou des couples de même sexe qui montrent publiquement leur affection l’un pour l’autre.
Mon fils, prêt à brandir fièrement une pancarte à mes côtés lors du Défilé de la fierté gaie, préfère me voir plus discrète aux abords de l’école parce qu’à l’école, on tolère encore les insultes en lien avec l’orientation sexuelle. Pourtant, mon fils n’est pas gai et ce ne sont que des mots après tout, lui dit-on. Peut-être que ces mots ne devraient pas l’atteindre, pourtant ils frappent autant qu’un coup de poing.
Ce que je constate est que, malgré mon ouverture et ma bonne volonté, je ne peux pas changer la mentalité de tous les enfants de l’école. J’ai proposé deux fois qu’on invite à l’école des intervenants du GRIS-Montréal. Dans un milieu défavorisé, on a toujours d’autres priorités. Ce ne sont que des enfants. Ce ne sont que des mots. Il y a mille et une autres choses à faire avant. Certains diront qu’il n’y a pas de gai au primaire, pas de gai dans leur école. Pendant ce temps, on continue d’imprégner le mot gai d’une connotation négative, témoin de la scène, les bras croisés. Et les jeunes que l’on traite de ces noms à répétition, qu’ils soient gais ou non, se trouvent marqués par un phénomène invisible que l’on tolère collectivement.
Au secondaire, le GRIS-Montréal a visité mon école. Je me souviens de ces deux intervenants, prêts à discuter de tous les sujets avec nous et à répondre même aux questions les plus indiscrètes. Plus d’une décennie plus tard, je me suis retrouvée en formation pour devenir une intervenante à mon tour. Ma toute première intervention s’est déroulée dans une école de métiers. Ensuite, dans une école secondaire en périphérie de Montréal. Finalement, devant des intervenants du CLSC de mon quartier.
On me pose toutes sortes de questions sur ma façon de voir les hommes et les femmes, jusqu’aux relations sexuelles. On me parle beaucoup de l’image qu’ont les gens de la sexualité des bisexuelles ou de l’image qu’on se fait de la lesbienne typique, mais on me questionne autant sur les différentes situations que je peux vivre en étant en couple. On aborde des sujets aussi variés que l’intimidation, la violence conjugale, la fidélité, etc. On parle beaucoup d’amour aussi. Tout est relié à notre vécu, à nos histoires imprégnées de nos sentiments. Nous tassons volontairement les statistiques et les résultats de recherches contradictoires pour nous concentrer sur nos récits qui peuvent toucher les jeunes.
Je sais, en tant qu’ancienne élève qui a rencontré le GRIS-Montréal, que cet organisme peut avoir un impact dans l’acceptation des différences. Je me souviens encore aujourd’hui de leur passage. Je constate, en tant qu’intervenante, que le GRIS-Montréal permet d’ouvrir les horizons de certains jeunes à l’intérieur de l’heure où les bénévoles parlent de leur parcours de façon franche et sans détour. Après une intervention, un garçon nous a expliqué qu’il a demandé lui-même la présence du GRIS-Montréal pour voir si ses camarades de classe pouvaient accepter son homosexualité. Il a été en mesure d’entendre les préjugés de certains et l’ouverture des autres. Pour lui, cette visite lui a permis d’assumer une sortie du placard graduelle auprès des personnes les plus susceptibles d’accepter sa différence.
Quand je lis les commentaires que les jeunes laissent sur les questionnaires que nous leur remettons, je suis en mesure de voir l’effet que les intervenants bénévoles du GRIS-Montréal peuvent avoir sur ces jeunes. Par exemple, une jeune fille a écrit qu’elle comprenait mieux sa cousine lesbienne, que notre intervention pourrait faire en sorte qu’elles se rapprochent. Ce sont ces moments qui me permettent de conserver l’espoir que des jeunes à travers la province, à l’école et ailleurs, pourront vivre leur homosexualité ou leur bisexualité sans être ostracisés.
Josianne Massé, intervenante bénévole pour le Groupe de Recherche et d’Intervention Sociale de Montréal (GRIS-Montréal)
Rubrique : Tribune
