Le rôle de l’école de demain
L’école doit montrer aux jeunes les bonnes manières, l’alimentation doit être au centre des préoccupations de notre système scolaire, l’école doit contrer la violence et le harcèlement, le système d’éducation doit former la relève pour le marché de l’emploi, la religion et la langue doivent être maintenues vivantes par le système d’éducation, la culture et la curiosité intellectuelle sont le fait de l’école, etc., etc. Qui n’a pas entendu ce genre de propos ? Tous les jours ou presque les médias, notre entourage, certains parents propagent ce genre d’idées avec une irritation dans le ton qui froisse souvent, avec raison, les intervenants du milieu.
On ne comprend pas les carences de l’institution malgré la lourdeur du fardeau que l’on met sur ses épaules. Comme si l’école devait pallier tous les problèmes de notre belle jeunesse. Elle est perçue parfois tel un rempart qui doit garantir un monde meilleur. Cependant, c’est un bel utopisme dans une société qui est déjà complexe et qui continue à se complexifier à un rythme soutenu.
On peut se demander de quelle manière nous en sommes venus là. Il me semble qu’il n’y a pas si longtemps, l’encadrement de nos jeunes se faisait de concert. Les parents, les enseignants, la direction des écoles se partageaient cette ÉDUCATION, au sens large du terme. La société était plus communautaire sans doute. Les réflexes de groupe plus profondément ancrés.
Bien entendu, tous n’ont pas cette vision de l’école. Par contre, il existe un climat malsain dans certains milieux qui fait perdurer cette idée, qui la propage. L’école serait devenue une entité éloignée. Un monde parallèle sur lequel on ne croit pas avoir beaucoup de prise. On s’y investit peu, on rencontre rarement ses intervenants, on ne cherche pas trop à connaître et comprendre ses finalités. Par le fait même, on l’accuse facilement, on lui donne des missions titanesques, on la garde à distance, on ne se l’APPROPRIE PAS !!!!
Pourtant, il y a un nombre important de gens qui veulent que cela change. Des gens qui réinvestissent les lieux. Des gens qui réfléchissent à la mission de l’école et qui veulent l’aider dans la réussite de ses projets. Pour que cela fonctionne, il faut collectivement, dans les limites de nos expertises propres, repenser l’étendue des mandats de notre système scolaire. Apprendre les bonnes habitudes alimentaires par exemple, cela peut faire partie de la mission de l’école mais ce ne peut être la mission de l’école SEULEMENT!
L’école sera vivante et remplira efficacement ses mandats en autant que ceux-ci soient bien définis et que tous participent à leur manière à ses efforts, que tous poussent dans la même direction, que tous se parlent et discutent pour faire progresser les apprentissages. Que le lien de communication, en somme, soit réactivé entre les parents, les enseignants, les directions, les médias, la société en général. Non pas qu’il était rompu mais, disons-le franchement, un peu brouillé tout de même.
Ce faisant, on se rendra compte que l’école ne peut être figée dans un carcan. L’institution n’est pas un fourre-tout. Mais elle est soumise aux mouvements sociaux, aux besoins de l’époque, aux exigences du marché du travail, aux grands mouvements d’idées. Faire abstraction de cette réalité serait une grande erreur.
Elle est aussi par contre un fer de lance pour préparer les élèves aux réalités de demain. Elle est le lieu principal d’acquisition des savoirs essentiels. Elle est le lieu pour développer et parfaire son savoir-vivre en groupe. Elle est l’endroit idéal pour réfléchir sur les nouvelles tendances, sur le mode de vie du monde qui nous entoure, sur le marché du travail qui bouge rapidement. Elle doit servir d’endroit où se transmettent la culture et la curiosité intellectuelle. Elle est lieu de dépassement sportif et d’une bonne hygiène de vie.
En résumé, on ne doit pas refaire la roue. L’école a toujours eu ces rôles, elle a toujours été le reflet de la société, elle a toujours participé au développement de la communauté. Toutefois, comme je le mentionnais un peu plus haut, on lui a trop demandé de faire tout cela seule et dans son coin. Ce ne peut plus être le cas et nous devons tout faire pour travailler ensemble à cette nouvelle dynamique.
Karino Roy, directeur adjoint, École secondaire Félix-Leclerc
Rubrique : Tribune

Bonjour,
J’ai lu avec grand intérêt l’article publié par mon ami Karino. Cet article est plein de jeunesse et d’idéalisme qu’il faut maintenir à la direction de nos écoles. Mais, car il y a un “mais”, comment faire pour maintenir un degré acceptable d’idéalisme et de réalisme dans l’atteinte d’objectifs en éducation? Etant moi-même un “ex”, je m’inquiète de la qualité des “dompteurs de fauves” que sont les enseignants.
Je vous raconte une petite anecdote vécue hier. Mon épouse Denise et moi aimons regarder l’émission de Radio Canada animée par Patrice L’Ecuyer “L’union fait la Force”. Dans cette émission il y a un jeu questionnaire :”La petite école”. Hier c’était un universitaire qui poursuit des études en pédagogie, qui devait répondre à une question de première année. Patrice lui a demandé d’épeler le mot “vieille”. Après s`être repris deux fois il a été incapable d’épeler le mot correctement, empêchant ,de ce fait, toute son équipe de jouer.
Le futur “dompteur de fauves” venait de perdre son fouet…
Comment voulez-vous que nos étudiants dans les classes apprennent des choses quand leurs maîtres n’ont pas de compétence ?
Comment les fauves peuvent-il êtres domptés si les maîtres ne maîtrisent pas leurs instruments ?
Alors que j’étais en fonction comme directeur, j’ai souvent été confronté à des enseignants qui n’avaient pas la ” peau de vrais éducateurs”. Les médecins , les infirmières, les avocats pour ne citer que ces exemples, doivent passer des examens de compétences avant de pouvoir pratiquer. Que font les Universités pour préparer les “maîtres dompteurs” à affronter les ” fauves étudiants” et leur montrer à vivre ?
Pour pouvoir éduquer il faut être éduqué soi-même. De plus il faut avoir envie d’être éducateur : avoir la Passion et la Vocation.
On a du travail à faire mais ce n’est pas impossible: Il faut s’y mettre aujourd’hui-même. Il faut deux choses : AVOIR DES PRINCIPES ET LES METTRE EN PRATIQUE.
Albert Prévost , ex directeur d’école
Bonjour Monsieur Prévost
Tout d’abord, merci de l’intérêt que vous portez face à notre magazine. Vos propos m’interpellent particulièrement.
Nos enseignants, des « dompteurs de fauves » ? Il est vrai que les élèves d’aujourd’hui vivent des réalités bien différentes de celles que nous avons connues. De plus, un enseignant, c’est un professionnel passionné qui évolue dans un système débordant d’enjeux et de défis, professionnel rappelons-nous le, qui a aussi ses limites et ses contraintes.
La formation universitaire des enseignants est actuellement déficiente, je vous l’accorde. Leur curriculum de formation ne tient pas compte de la réalité des classes d’aujourd’hui où l’on compte un plus grand nombre d’élèves en difficulté.
Pour espérer voir osciller l’aiguille du taux de diplomation au Québec, je pense aussi que nous devons agir aujourd’hui même et avoir le courage de changer nos façons de faire.
M. Prévost, concernant le fait que pour être éducateur, on doit d’abord être éduqué, je vous dirai que je suis on ne peut plus en accord avec vos propos !
Mais alors que faire et comment «contingenter» le programme de formation des futurs éducateurs et enseignants aux seuls candidats éduqués, alors que l’on fait face à une pénurie d’enseignants ? Comment rendre attrayante la profession d’enseignant-éducateur sinon en la valorisant d’abord dans la société ? Comment valoriser cette profession tout en la considérant souvent comme un travail d’exécutant qui débite un programme sans avoir souvent l’«autorisation» de réfléchir ? Ou encore, comment favoriser cette profession alors que de l’autre côté, on comptabilise le coeur que l’on met à l’ouvrage en décortiquant tous ces Travaux de nature personnelle, ces Travaux en comité, ces Tâches complémentaires en présence d’élèves ou non, etc. ?
On a donc bien énormément de chemin à faire, n’est-ce pas ? Et malgré le fait qu’il me reste encore environ 20 années à exercer cette profession (ou ce métier ?…), je suis loin d’être sûr que je verrai cette amélioration avant ma retraite si lointaine soit-elle… (Soupirs !)