L’identité numérique institutionnelle

Si la construction de l’identité est au coeur des enjeux de formation d’un élève, on doit avoir en tête que les milieux dans lesquels il évolue participent à sa quête d’absolu. D’abord, sa famille, son réseau d’amis et ensuite l’école, constituent, dès son tout jeune âge, des lieux d’identification qui l’inspirent et le confrontent. Personne ne va douter du rôle primordial que peut jouer un type ou un autre de famille. Chaque famille possède son identité propre, un ensemble de caractéristiques qui la définisse et qui décrive bien ce qu’elle est ou ce qu’elle prétend être. On passera rapidement ici sur la question des amis et de la famille, mais attardons-nous à l’identité de l’établissement scolaire qu’un jeune fréquente à partir de cinq ans. Encore ici, on peut facilement s’employer à décrire de quoi est faite l’institution, ses traditions, son projet éducatif, ses règles de fonctionnement, la qualité de êtres humains qui y oeuvrent, etc. Bref, l’identité institutionnelle existe et elle joue un rôle important dans l’éducation des jeunes. Posons l’hypothèse dans cet article que les établissements scolaires sont bien conscients de leur identité et que leurs dirigeants ont bien en tête ce dont il est question. Dans la foulée, donc, posons la question : le directeur d’école connaît-il l’identité numérique de l’école qu’il dirige ?

C’est que, de plus en plus, les individus ont pris conscience de leur existence sur Internet. Ils savent que la somme des traces laissées par leurs passages épisodiques crée une forme d’identité dite « numérique » et qu’il faut le moins possible laisser cette « construction » prendre place au hasard des fréquentations référencées. Il importe de nommer le rôle central joué par les moteurs de recherche qui sont au cœur de la dynamique qui préside à la construction de l’identité numérique, individuelle ou institutionnelle. Les gens consultent Google (ou un autre moteur de recherche dont YouTube qui est le plus populaire auprès des 12 à 17 ans, selon la dernière enquête du Céfrio - Génération C) et sont souvent surpris par le portrait qui émerge d’une requête portant sur son nom ou sur le nom de école qu’il fréquente. C’est ce qu’on appelle « Googliser » un individu ou une personne morale.

Pour les jeunes de la génération C, la leçon est déjà pas mal apprise. Ils s’emploient à laisser beaucoup de traces sur Internet, histoire de ne pas laisser les traces laissées par les autres prendre trop de place. S’ils peinent parfois à bien «gérer » ce qu’ils laissent derrière eux, ils comprennent rapidement que pour obtenir une image fidèle à celle qu’il désire refléter, ils doivent s’approprier les règles du référencement. Pour les institutions, les écoles en particulier, on se surprend à ne pas comprendre pourquoi les établissements ne sont pas plus conscients du portrait que les moteurs de recherche font d’eux. À la question « votre école est-elle sur Facebook? », bon nombre de directions répondent tout de suite « non » et elles se trompent. En écrivant le nom de leur école dans le moteur de recherche de Facebook, on voit tout de suite que leur institution « est » sur Facebook. En ne participant pas à un minimum de veille sur les médias sociaux (ou sur La Toile, en général), une direction d’école est-elle consciente de son identité numérique ? On dit souvent que ce qu’on ne sait pas « ne nous fait pas mal », mais en matière de traces sur Internet et d’identité numérique, n’est-on pas mieux de se montrer plus proactif ?

Dans une période où il devient très important que nos « bons coups » se sachent, que les apprentissages se construisent au sein d’une vaste communauté d’apprentissage, il pourrait s’agir d’une stratégie gagnante que de se préoccuper davantage de son identité numérique institutionnelle pour tirer avantage de ce puissant levier, autant au niveau marketing que pour le potentiel au niveau des communications avec la communauté éducative.

Entourés de gens qui sont là pour apprendre, munis de l’accès à de nombreux dispositifs de production de contenu et en contact constant avec des moteurs de recherche qui offrent des « réponses » à toutes les questions au moment où elles surviennent, l’apprenant, le parent « chercheur d’école », ou l’enseignant et dans ces circonstances l’école, doivent saisir cette occasion d’exister autrement. La direction ne doit plus laisser l’identité de son école se construire sur le Web au gré des contributions éparses qu’elle ne « contrôle » pas. Elle doit se doter de sites Web institutionnels qui, à la manière d’un portfolio, témoigne de la vitalité de son patrimoine et de la richesse de sa communauté. La direction doit aussi prendre une plus grande part aux conversations Web à son sujet.

L’école et la communauté éducative en entier auraient ainsi, tout à gagner…

Des renseignements complémentaires sur la notion d’identité numérique sont disponibles sur ce wiki , lieu aménagé pour favoriser les apprentissages d’étudiants de l’UQAC.

Mario Asselin, Directeur général Opossum, Apprentissage et technologies

Rubrique : Enjeux du numérique

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