Les hommes en éducation

Réaction à la sortie médiatique d’Égide Royer

Vincent Vézina
Directeur adjoint école Cavelier-De LaSalle

vincent_vezinaQue fût ma surprise de constater que mon article du dernier numéro concordait avec la sortie médiatique d’Égide Royer sur la priorisation des hommes dans les emplois d’enseignants chez les moins de 12 ans. On ne peut que se surprendre de la faible croissance des effectifs masculins dans les écoles primaires et ce, malgré le fait que le rôle des hommes a évolué passant de pourvoyeur, à « donneur de soins » auprès des enfants. Effectivement, on constate une augmentation de l’implication des hommes dans les tâches ménagères prodiguées aux enfants (Leduc, Louise. 2011) de même que du côté de la nouvelle formule de congés parentaux où plus de 56% des papas admissibles se sont prévalus de leur droit en 2006, année de la mise en place du programme, comparativement à 32% en 2005 (Presse Canadienne, 2008). Incidemment, s’occuper des petits pour un homme n’a jamais été aussi dans l’air du temps, donc comment ce fait-il que si peu d’hommes choisissent l’enseignement au préscolaire et au primaire comme carrière et surtout, quoi faire pour les encourager à faire le saut vers les salles de classe? Égide Royer nous a proposé des solutions, mais laissé moi être perplexe…

Tous à son poste!

Dans un premier temps, la proposition de prioriser les hommes dans l’obtention de postes permanents a créé bien des remouds simplement sur l’aspect légal :

« On utilise la discrimination positive quand il y a de la discrimination systémique. Les personnes qui connaissent ces notions trouveront ridicule l’idée d’Égide Royer d’envisager la discrimination positive pour les hommes afin de les attirer en éducation. Dénaturer la notion même de la discrimination systémique vient remettre en question la lutte de groupes discriminés, dont les femmes, pour leurs droits. À l’école, bien au contraire, quand les hommes arrivent pour poser leur candidature, les portes leur sont toutes grandes ouvertes » (Chantal Locat, 2011).

Effectivement le fait de favoriser ainsi les hommes projetterait une image d’inégalité et d’illégitimité et ne ferait que rendre le milieu encore plus hostile aux hommes (Carrington et Skelton, 2003). Car contrairement à ce qu’affirme Mme Locat, les portes ne s’ouvrent pas si grand que cela : les préjugés liés à « une supposée homosexualité et une supposée pédophilie » (Foster et Newman, 2005), des valeurs qui ne concordent pas avec la réalité masculine, une faible confiance en soi vis-à-vis l’intervention et les railleries liées à cette condition ne ferait que rendre plus hostile, pour le dit genre, les écoles. D’assumer gratuitement que les portes sont grandes ouvertes est de passer à côté des études qui disent le contraire (Galley, 2000; William, 2001 cité dans Wiest, 2003) et du véritable problème soit le fait de sécuriser, accepter et valoriser les hommes en éducation. Au lieu de combattre la précarisation, les institutions scolaires devraient plutôt prévenir les situations discriminatoires liées aux points précédemment cités de même que forger un sentiment de fierté chez les enseignants ainsi qu’une identité masculine propre au sein du milieu conformiste et traditionnel qu’est l’école primaire.

Obtention de bourses

Attirer les meilleurs candidats en donnant des bourses est une pratique selon moi, minimaliste pour ne pas dire réductionniste! Oui, j’empoche 1 000 $ en rentrant, mais je suis pris dans un programme de 4 ans, sans stage rémunéré, avec un salaire à la fin de mes études d’à peine 36 000 $ et à me faire dire que « ça doit être amusant de faire de la pâte à modeler toute la journée! ». C’est de la poudre aux yeux. Pour attirer les meilleurs candidats, il faut relever le prestige de la profession en haussant les salaires et en implantant un ordre professionnel; de même que relever l’exclusivité de la profession en limitant les candidats au programme de formation des maîtres et en créant une gradation (ex. professeur émérite) en fonction de la compétence et des réalisations de l’enseignant, comme il se vit dans les universités. Du temps où je militais au sein de l’Association des étudiants en enseignement préscolaire et primaire de l’Université Laval, nous déplorions le grand nombre d’étudiants comparativement à l’offre restreinte d’emploi dans la région. À l’époque le doyen nous avait dit que pour chaque 1 000 $ payé en frais de scolarité, environ 700 $ en service était rendu à l’étudiant. Le financement implicite de l’Université créait ainsi un nivelage vers le bas de la qualité des futurs enseignants. Réduire le nombre d’étudiants inscrit reste une solution simple et efficace et aurait pour effet de concentrer la qualité des futurs enseignants mais aussi… de diminuer les budgets de recherche de M. Royer.

En ce qui concerne le dépistage précoce, j’irais plus loin en permettant aux centres de la petite enfance et au milieu scolaire d’échanger des informations car, sauf exception, les efforts de dépistage, les observations et le cheminement dans les interventions sont souvent à recommencer lorsque l’enfant intègre le préscolaire. Cette situation laisse fréquemment le parent face à lui-même dans la recherche de solutions et de demandes de service. Un effort pour favoriser le passage CPE et préscolaire reste encore à se concrétiser.

Former les enseignants aux différents genres de développement, d’apprentissage et de comportement reste une mesure qui viendrait compenser la relative homogénéité du corps enseignant québécois. Effectivement, les femmes blanches, de classe moyenne, ayant une expérience positive en tant qu’élève avec le milieu scolaire, sont, sauf exception, l’archétype de l’enseignante modèle. De la même façon que l’on invite les enseignants provenant de l’immigration récente à des cours sur la culture du milieu scolaire québécois, pour ainsi prendre du recul sur leur propre vécu, il est nécessaire au enseignant d’expliciter le modèle du « petit gars hyperactif de milieu populaire ».

Malheureusement, malgré la sortie de M. Royer, le sort des hommes qui s’occupent des petits n’est pas encore jeté… Il y aurait une certaine nécessité d’aller consulter la base soit les étudiants en éducation et les enseignants qui portent le flambeau de l’enseignement au masculin. Je suis encore toute surpris de voir le peu de volonté que les institutions ont à porter le dossier de la reconnaissance des pratiques exemplaires et de la fierté d’être un homme en éducation.

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