Une question d’intimité…

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« L’école nuit à l’éducation parce qu’on la considère comme seule capable de s’en charger. » Ivan Illich

Dans ma première chronique «Pas dans ma cour?», je nous demandais s’il ne fallait pas se préoccuper de manière différente du fort taux de décrochage des garçons. Dans celle-ci, c’est l’éducation à la sexualité qui me préoccupe. On nous interroge par le biais d’une pétition(1) adressée au Gouvernement sur le retour des cours d’éducation sexuelle à l’école. Je ne doute aucunement des intentions du CALACS de l’Estrie qui intervient, entre autres, dans la lutte contre la violence faite aux femmes. Les initiateurs de la pétition et ceux qui l’ont signée semblent dire(2) que « l’éducation à la sexualité en milieu scolaire est trop essentielle pour être optionnelle et aléatoire » et d’instinct, je suis porté à leur donner raison. Mais (parce qu’il y a souvent un « mais »), il faut se demander si le contexte d’un autre cours (que ceux existants et obligatoires en ce moment) procurerait le cadre de ce qui est recherché ici(3) : « Développer un rapport critique face à la sexualité sexiste et stéréotypée qui leur est proposée dans les médias de masse ».

Je suis de ceux qui ont enseigné le cours Formation Personnelle et Sociale qui contenait un volet sur l’éducation à la sexualité. Un des mérites de ce cours pouvait être que les jeunes se faisaient rappeler par un de leurs enseignants l’importance de se protéger des MTS (devenues ITS depuis). On devrait être plusieurs dans les écoles à le faire maintenant… à plusieurs reprises, de différents angles, sur plusieurs sujets liés à l’éducation sexuelle. Comprenons-nous bien, je crois que l’école peut jouer un rôle efficace dans la poursuite des objectifs du mouvement féministe, dans la situation actuelle. Il faut simplement s’assurer que ce qui est confié à tous, ne nous fasse pas tomber dans le piège du « personne ne se sent vraiment responsable » et au final, que personne ne s’en soit occupé !!! Les Domaines généraux de formation(4) Santé et bien-êtreMédias me paraissent fournir par le nouveau programme de formation de l’école québécoise une source inspirante pour les enseignants à l’intérieur des activités d’apprentissage des cours obligatoires du régime pédagogique actuellement en vigueur. J’avais compris du consensus des États généraux sur l’éducation de la fin des années 90 qu’on voulait se doter d’un programme recentré sur les savoirs de base essentiels et de ce côté, il me semble que les élèves ont accès en matière de santé et de sexualité à ce qui leur faut. Pour aller plus loin, c’est dans leur intimité qu’il faut entrer. Je ne crois pas qu’on pourra trouver « dans notre cour » ce genre de contexte.

J’aimerais employer les mots justes pour ne pas avoir l’air de me défiler. Dans un échange avec un professionnel à l’école, dans une activité parascolaire où un(e) intervenant(e) est accessible, je pense que l’école pourrait aller un peu plus loin. Je ne dis pas non plus que nous n’avons pas en tant que chef d’établissement à nous assurer que les profs tiennent davantage compte des DGF dans leur enseignement; sur ce point, notre responsabilité est en cause. Par contre, prendre la responsabilité qui revient aux parents ne me paraît pas souhaitable. Dans le contexte où le facteur le plus déterminant(5) de la réussite scolaire est l’engagement des parents, il m’importe de rappeler qu’au niveau de l’éducation à la sexualité, il ne peut en être autrement. La famille procure un cadre d’intimité beaucoup plus propice qu’une salle de classe, il me semble…

Prenons seulement pour exemple cette question d’Internet et des « prédateurs sexuels ». Par ma pratique, je suis souvent questionné sur les dangers de La Toile et je sais bien que le Web contient des pièges; beaucoup de pièges potentiels… Mais que penser des recherches sur le sujet qui « montrent de façon consistante que les prédateurs sexuels prennent généralement leurs victimes dans leur cercle familial ou relationnel. C’est à l’évidence bien plus simple pour eux(6) ».

Et pour les familles qui n’arrivent pas à assumer leurs responsabilités en cette matière, il y a aussi plusieurs services accessibles, les jeunes nous le disent bien, à l’école.

Notre approche dans un établissement scolaire doit être empreinte d’ouverture et d’accueil de toutes les problématiques, incluant celles touchant aux rapports égalitaires entre les hommes et les femmes ou la violence faite aux uns et aux autres. Dans le cadre actuel des cours obligatoires, on peut déjà faire l’essentiel. Actualisons ce potentiel d’apprentissage et faisons en sorte que les jeunes filles et les jeunes garçons deviennent des femmes et des hommes épanouis, inspirés par ce qui se fait dans leur famille ou par des intervenants sociaux, au besoin.

L’école fait déjà beaucoup pour l’éducation. Si certains trouvent qu’elle ne fait pas assez, il faut avant tout lui permettre de rester centrée sur ce qui lui appartient en propre et de façon prioritaire!

(1) http://www.sophiesexologue.com/2010/06/signez-la-petition-pour-le-retour-des.html

(2) http://www.rqcalacs.qc.ca/public/communique/l-education-a-la-sexualite-en-milieu-scolaire-trop-essentielle-pour-etre-optionnelle-et-aleatoire

(3) http://www.calacsestrie.com/petition_calacsestrie.pdf

(4) http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/programmeformation/secondaire2/medias/2-pfeq_chap2.pdf

(5) http://rire.ctreq.qc.ca/2010/11/l%E2%80%99implication-des-parents-le-facteur-le-plus-determinant-de-la-reussite-scolaire/

(6) http://owni.fr/2010/03/29/non-elles-n%E2%80%99ont-pas-rencontre-leurs-agresseurs-sexuels-sur-internet/

Mario Asselin, Directeur général Opossum, Apprentissage et technologies

Rubrique : Pas dans ma cours

N.B. Cette chronique a été écrite avant que réapparaisse dans l’actualité récente l’idée que «le ministère de l’Éducation travaille à créer un programme de formation obligatoire d’éducation à la sexualité»…

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