« Nous sommes le 99% ! Occupons l’avenir ! »

Jean Desjardins
Enseignant

Depuis le numéro d’hiver de la FQDE l’an passé, Jean Desjardins, enseignant d’univers social à la Commission Scolaire de Laval, partage avec vous, par la grande porte, des liens en pédagogie qui le transforment. Proposition originale, analogue aux livres que Yann Martel envoyait à Stephen Harper jusqu’à récemment, il a choisi la forme d’une conversation imaginaire avec vous.

Vous : Bonjour Jean. Ça va bien? As-tu terminé de rassembler les lectures sur le thème de « l’école du futur » que tu disais vouloir me proposer à la fin de notre dernier échange?

Moi : Oui et non! C’est que l’actualité, de Madrid à Montréal, en passant par New York, nous impose un autre thème: les indignés. Qui sont les indignés de l’éducation et de la culture de l’apprentissage au Québec? Qui proposerait d’occuper les places publiques pour crier des slogans appelant ces transformations qui tardent à venir?

Vous : Intéressant! Et te connaissant, tu ne m’enverras pas écouter une sortie virulente de Lucien Francoeur ou autre nostalgique des élèves de jadis.

Moi : Non certain! Même si celui-ci a depuis adouci ses positions sur les élèves et leurs technologies, la plupart de mes indignés tiennent des propos plus pertinents et justes que les rengaines de Monsieur Francoeur.

François Guité est de ceux là. Toujours autant investi dans Twitter, un peu moins dans son blogue, le nouveau retraité de l’enseignement est connu pour penser les changements dans l’éducation avec des horizons si larges qu’il est un phare! Son billet du début 2011, «Révolution∞» comporte sa part de critiques sociale et scolaire. Il écrit:

[...] Force m’est de conclure que les gens sous-estiment l’ampleur du changement qui défile sous nos yeux. [...]

L’ordre est réfractaire au changement, sauf évidemment celui qui le consolide ou qu’il réussit à apprivoiser. S’il s’adapte aux mutations, on parlera de progrès ou d’évolution. Il se trouve des cas, toutefois, où le changement est si brusque que les tensions précipitent une révolution dont l’onde de choc ne s’estompe que progressivement. Non sans déchirements au passage, comme la charrue qui précède la semence. [...]

Dommage que l’école néglige la créativité. Les programmes scolaires, dans leur normalisation et dans l’uniformisation des connaissances, sont des laminoirs. On fera davantage, à l’échelle sociale, en misant sur l’essor de la potentialité individuelle. Pour l’élève surtout, le développement de la créativité est un meilleur gage d’épanouissement et plus sûre garantie d’avenir que la conformité. [...]

Les jeunes développent dans les médias sociaux des compétences que l’école leur interdit. L’intégration scolaire des technologies de l’information et de la cognition illustre une incohérence. [...] Même les plus technopédagogiques ne l[a] voient pas, tellement leur pensée opère dans un cadre institutionnel. L’intégration de ces instruments à des fins éducatives est déjà bien réelle, sauf qu’elle se fait malheureusement en marge de l’école. Or, si l’école ne sait comment intégrer les technologies de la cognition, celles-ci sauront intégrer l’école.

(http://www.francoisguite.com/2011/02/revolution/)

Vous : Autant dire: la fin de l’école! Tu sais que j’y crois plus ou moins.

Moi : C’est ce qui fait de lui un indigné.

Vous : D’accord je laisserai passer comme c’est ton thème. Qui sont nos autres personnages?

Moi : Oh on trouvera aussi Will Richardson, le réputé pédagogue américain. Dans son récent « Yeah, You’ve Got Problems. So Solve Them », il décriait la culture de l’immobilisme déguisé en disant avoir commencé à relancer, à ceux qui disent les craindre, les problèmes faisant obstacle aux changements de paradigmes en éducation.

Recently during a presentation a teacher raised his hand and asked what is a fairly common question.

Look, I agree with most of what you’re saying, but I’ve got kids in  my class who don’t have the devices [...].”

[...T]his time, for some reason, I just looked at the person and said  “Great question. How you going to fix that?” Silence.

I think that’s going to be my new strategy for all of the “yeah buts.”

My students’ parents don’t approve of these technologies.” I hear ya’. How you gonna fix that?”

I don’t have time to do all of this.” That is a problem. What are you going to do about that?

My principal doesn’t have a vision for these types of changes.” Yeah, that stinks. So, how you gonna help her with that?

We say we want our kids to be problem solvers, but all too often,  when faced with the challenges of a changing educational landscape, we don’t offer solutions. Instead, we offer excuses as to why we shouldn’t solve the problem, why it’s better to just keep on keepin’ on. And solving these problems is getting easier and easier, actually, as more and more schools have already done the heavy lifting to find and implement solutions. [...] Frame the problem, create a timeline and a process, and have at it. [...]”

So yeah, you’ve got challenges. What are you gonna do about it?”

Récemment durant une présentation, un enseignant leva sa main et posa une question fort commune. « Vous comprenez, je suis d’accord avec la plupart des choses que vous dites, mais il y a des jeunes dans ma classe qui n’ont pas ces appareils.

Cette fois, pour une raison que j’ignore, je l’ai simplement regardé et j’ai dit : « Excellente question. Comment allez-vous y remédier? » Silence.

Je pense que ce sera ma nouvelle stratégie pour tous les « oui mais ».

« Les parents de mes étudiants n’approuvent pas ces technologies ». Je vous entends. Comment allez-vous y remédier?

« Je n’ai pas le temps de faire tout ça». C’est un problème. Comment allez-vous composer avec?

« Ma directrice n’envisage pas ce type de changements. » Oui, c’est navrant. Donc, comment allez-vous l’aider en cela?

Nous disons que nous voulons que nos enfants sachent résoudre des problèmes, mais bien trop souvent, quand nous nous trouvons confrontés aux défis découlant d’un contexte éducatif changeant, nous n’offrons pas de solutions. À la place, pourquoi vaut-il mieux maintenir l’ordre établi ? Or solutionner ces problèmes devient de plus en plus facile, comme de plus en plus d’écoles ont déjà mis la machine en marche et implanté des solutions. [...] Cadrez le problème, créez un calendrier et un processus d’implantation et allez-y. [...]

Et oui, vous avez des défis. Qu’est-ce que vous allez en faire ? »

(http://weblogg-ed.com/2010/yeah-youve-got-problems-so-solve-them/). Son nouvel espace http://willrichardson.com/

Moi : Feu le Réseau pour l’Avancement de l’Éducation au Québec savait aussi questionner l’ordre établi: «Être bon à l’école, est-ce une bonne chose?» demandait en septembre 2009 Amine Tehami? «Très souvent, [la réussite scolaire est] fonction non pas tellement de compétences de haut niveau que d’une capacité de reconnaître des indices, des consignes, des problèmes comme «déjà vus» et de mobiliser des procédures de résolution qui ont fait leur preuve dans un contexte voisin. Être premier plutôt que septième de la classe, c’est donc souvent être [...] plus sensible aux formes, [...] plus ordonné. Et pas nécessairement plus capable de résoudre un problème nouveau».

http://bit.ly/ecolebon (http://www.sylvainberube.com/etre-bon-ecole-bonne-chose-raeq/ )

Moi : Enfin, le dernier de nos indignés de l’éducation sera le bouillant homme de théâtre René-Daniel Dubois. Celui-ci expliquait en éditorial chez Marie-France Bazzo il y a deux ans le pourquoi de la couleur pourpre de son personnage public: «au Québec, la tête est un organe honteux. ‘Faut pas que t’aies l’air de réfléchir; faut que t’aies l’air de ressentir des choses» pour être entendu. Sévère, notre culture est pour lui toute aussi ignorante et suffisante qu’à l’époque de Lord Durham, une paresse et un dogmatisme intellectuel «à s’évanouir», affirme-t-il. À ses yeux, notre société «veut le calme, et va l’avoir, un calme qui s’appellera, la mort». Dérangeant!

(http://video.telequebec.tv/video/3054/rene-daniel-dubois-et-le-choix-des-mots)

Vous : S’il faut affirmer que la société québécoise n’a pas cheminé intellectuellement depuis Lord Durham Jean, j’aurai quelques réserves!

Moi : On s’entend, mais sur le fond sa diatribe n’est pas sans intérêt : il me semble vrai que la curiosité et les débats d’idées pourraient occuper un créneau plus grand au Québec. Comme René-Daniel Dubois, chaque personne qui veut émettre des idées doit apprendre à composer avec une force d’inertie inouïe. Il y a lieu de le décrier !

Vous : La réalité justement, c’est elle qui encore aujourd’hui mettra fin à notre entretien. Seras-tu là demain ou bien dans une tente au pied de l’édifice du MELS rue Fullum?

Moi : Hehe elle est bien bonne! « Nous sommes le 99%! Occupons, l’avenir! Occupons, l’avenir ! »

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