On est bien docile en éducation
Julie Lussier
Directrice des communications, FQDE
J’assistais dernièrement à une formation sur la gestion financière dans le système scolaire. Fille de lettres, j’y étais présente davantage de corps. L’esprit s’est rapidement allumé lorsque le conférencier, un homme d’éducation qui cumule la sagesse de maintes années d’expérience a dit : « On est bien docile en éducation , on penche la tête et on dit oui. » Il ne m’en fallait pas plus pour lever la mienne et m’intéresser à son point de vue.
Discours sur la prise de parole en éducation
Je prêche pour la libre expression dans toutes les sphères d’activités. Je côtoie le monde de l’éducation et ses dirigeants depuis maintenant cinq ans. Je m’intéresse à ses travers, ses qualités et ses complexes. La prise de parole sur la place publique pour une direction d’établissement d’enseignement est parfois un exercice si laborieux que le décrochage sur l’action l’emporte souvent. ON préfère laisser les autres aller parler à notre place. ON concède, ON abdique. De toute façon, ON s’est tellement fait dire qu’ON n’était pas les mieux placé pour parler aux médias. Docile vous dites ? Peut-être, mais de moins en moins. Puisque la direction d’école émerge du monde enseignant et est parachutée dans l’univers de la gestion scolaire, il est normal qu’elle cherche ses repères. Même si on se dit leader en gestion pédagogique, on se laisse conduire, diriger même parfois. Pourtant, on le sait, la gestion et la communication vont de pair. Alors, pourquoi l’école demeure-t-elle si hermétique aux médias ?
Dans les corridors de mon monde scolaire, il s’ébruite de ces complaintes à l’endroit des médias. Ses échos retentissent si fort que l’on peut les entendre à l’extérieur de ses murs. On y dit que l’école publique a mauvaise presse. Soyons honnêtes ! Elle a la couverture qu’on lui permet et la place qu’on lui concède. Le travail des journalistes à l’éducation m’apparaît, dans ce contexte, titanesque. L’École québécoise a des histoires à raconter, des artisans à valoriser, des idées à transmettre, des projets à partager, mais elle a aussi une gêne qui transcende l’imaginaire. Dans l’antre de l’école, ne parle pas qui veut aux médias ! Politiques de communication à respecter, lobbys à ne pas transgresser, égos à ne pas froisser. S’il s’y passe de belles choses, de « bons coups » comme nous nous plaisons à dire de l’intérieur, le chemin à parcourir avant diffusion au grand public est pavé de contraintes. Il en ressort un message édulcoré, aseptisé et sans intérêt. Alors, on se targue de dire que l’école publique n’est pas bien représentée. Ne serait-il pas plus judicieux de laisser plus de place justement aux discours de ses dignes représentants ? Leur volonté y est pourtant. Mais il faut, dans plusieurs cas, faire preuve d’autant de persévérance pour gravir toutes les étapes de la communication publique dans le monde scolaire que d’audace à ceux qui, en ce moment, dénoncent ses incongruences.
Les médias doivent avoir leur place sur les bancs d’école
L’actualité commande de plus en plus d’interventions des directions d’établissement d’enseignement dans les médias. Elles sont sollicitées et répondent de plus en plus aux invitations. Quelles actions faites-vous pour lutter concrètement contre l’intimidation en milieu scolaire ? Quels sont vos projets mis en place pour soutenir la persévérance chez les garçons ? Que pensez-vous du plan d’action d’amélioration du français ? Et maintenant, quelles sont les conditions dans lesquelles vous exercez votre profession ? Lorsque je lis, je vois ou j’entends une direction d’école s’affirmer, prendre la parole publiquement, c’est toute l’École québécoise que je lis, que je vois et que j’entends. Et c’est surtout tout un monde nouveau qui s’ouvre enfin.
Pour se faire reconnaître, il faut se faire entendre
« On est bien docile en éducation » ? Tant et aussi longtemps que ses propres dirigeants accepteront que d’autres parlent d’eux avec un simple pronom indéfini, ils ne pourront pas s’attendre à la définition claire de leur profession et à la reconnaissance à laquelle ils ont droit. « On » parlera à leur place. Et ici, ON exclut la personne de qui ON parle.
Aujourd’hui, plus que jamais, la porte est ouverte pour se faire entendre. Les directions d’établissement d’enseignement disent vouloir « Améliorer l’autonomie pédagogique pour favoriser la réussite ». Comment ? Pour qui ? Avec qui ? Le leader en gestion pédagogique a tout intérêt à s’organiser pour se faire entendre s’il ne veut pas encore une fois qu’ON l’organise. Le contexte actuel de refonte du système scolaire québécois tend vers la passation du micro à ses principaux acteurs. Le portrait se dessine de mieux en mieux aux couleurs de chacun. Maintenant, c’est à vous de remplir les blancs.

[...] Julie Lussier (Directrice des communications) signait un article dans lequel elle affirmait que « nous étions bien docile en éducation ». Un extrait… « L’École québécoise a des histoires à raconter, des artisans à [...]
[...] Julie Lussier (Directrice des communications) signait un article dans lequel elle affirmait que « nous étions bien dociles en éducation ». Un extrait… « L’École québécoise a des histoires à raconter, des artisans à [...]