Prendre la parole sur les réseaux, prendre la parole de toute manière
Jean Robitaille
Directeur, école Armand-Crobeil
Je devais vous écrire un billet sur l’importance de s’exprimer, car nous sommes des experts dans notre domaine, car notre opinion vaut bien celle des autres, car le jeu de pouvoir passe par la prise de parole. Si nous ne nous exprimons pas, notre influence est bien diminuée. Je devais vous écrire sur ce sujet et je le ferais si l’actualité de l’automne n’avait pas jeté un tout nouvel éclairage sur ce billet. Un conseil des commissaires a pris la décision, pour des motifs administratifs, de ne plus autoriser le congé pour affaires professionnelles à madame Longpré.
Maintenant, ce billet devrait parler de droits associatifs, de représentation professionnelle, de lobbying.
Le système scolaire est construit de façon pyramidale. Les directions d’établissement sont les cadres au « bas » de la structure. Dans la structure actuelle, notre position est assez inconfortable lorsqu’il s’agit de parler de la répartition des pouvoirs dans cette pyramide. Les associations professionnelles et les fédérations de ces associations sont les vecteurs pour notre expression sur la structure. Ceci nous permet de continuer à œuvrer dans la structure tout en la questionnant. Jusqu’à présent, nous avons surtout questionné la bureaucratie et les zones de pouvoir trop loin de l’élève. La fédération est présente dans les médias sociaux et traditionnels. Son rôle est d’être visible de façon à ce que notre point de vue soit entendu. Nous ne sommes pas habitués à une telle prise de parole. Les autres acteurs du système scolaire n’y sont pas habitués non plus. Le message dérange et suscite des prises de position. Je ne prétendrai pas que les solutions proposées par chacun sont la panacée. Je prétendrai toutefois, que le débat fera avancer, fera évoluer le système.
À titre individuel, nous avons aussi une parole à prendre. Nous la prenons régulièrement dans nos établissements et parfois dans nos commissions scolaires ou dans les médias. Nous y parlons de ce qui nous concerne d’abord, de notre priorité : les élèves, leurs apprentissages et leur réussite.
À titre individuel, nous avons à tenir compte de notre vie publique et privée. Nous devons nous assurer que la cloison entre ces deux vies est assez étanche.
C’est exigeant de prendre la parole. Mais si nous voulons prendre part aux développements pédagogiques, il faut être présents là où se discutent les développements pédagogiques. Si nous voulons suivre les mouvements et nous faire une opinion sur les grands enjeux pédagogiques et politiques en matière d’éducation, nous devons multiplier les sources d’information. Twitter, les blogues, les grands médias, les sites universitaires, les récits, nos enseignants sur Facebook, deviennent des incontournables. Les discussions sont au Québec, en Europe et partout dans le monde.
Nous sommes des experts dans notre domaine. Il n’y a pas que des experts qui parlent d’éducation. Il faut être là où les discussions ont lieu pour avoir la possibilité d’intervenir. On peut se demander si nous avons l’obligation d’influencer le monde de l’éducation par contre.
Il y a beaucoup d’endroits pour prendre la parole. Les choisir tous, c’est trop de travail. Il faut donc se limiter, faire un choix parmi ces tribunes et les entretenir tout en s’assurant que l’information circulant sur nous correspond à ce que nous souhaitons. Il y a un risque à écrire. Il y a un plus grand risque à se taire.
Ce billet aurait pu parler de bâillon, de manipulation ou de politique. Le ton n’aurait pas été celui que je tente de garder dans mes communications. Par contre, la tentation est grande de passer par là.
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