Le rôle de l’école de demain!
Nous tenons d’abord à remercier chaleureusement tous ceux qui nous ont partagé leurs commentaires dans ce billet. Vous nous avez inspirés dans notre réflexion.
Betty (étudiante) : « Je fais votre éducation. »
Mme Watson (enseignante) : « Ça, c’est mon travail! »
Le sourire de Mona Lisa est un film qui raconte les défis d’une professeure d’art avec une classe d’étudiantes intelligentes dans une université privée des plus conservatrices.
L’histoire a beau se situer dans les années 50, elle rassemble toutes les conditions auxquelles font face les professeurs d’aujourd’hui à cause de l’Internet:
- une professeure dédiée et passionnée permettant aux étudiantes « de découvrir le rôle respectif pour lequel elles sont nées »;
- des étudiantes disposant de sources de connaissances leur permettant de confronter celles du professeur;
- une blogueuse influente qui ne se gêne pas pour critiquer ouvertement tout ce qu’elle observe;
- une direction incapable d’ajuster le cadre pour permettre à un leader d’aider ses étudiantes à « rechercher la vérité au-delà des traditions, au-delà de la définition et au-delà de l’image».
Le film se termine avec un doute et non un sourire: le doute que le système en place puisse permettre aux étudiantes de développer au maximum leur curiosité, leur confiance en elles-mêmes et leur capacité de « lire » au-delà des conventions. Le doute que le système en place permette à ces personnes d’évoluer et de faire évoluer la société.
Partage en toute humilité
À partir de deux perspectives différentes d’une même société et d’un même système scolaire, un entrepreneur et une future enseignante, un père et sa fille s’unissent pour partager leur passion commune : rendre les chefs de PME et les élèves (étudiants) plus curieux, plus confiants, mieux outillés pour profiter des opportunités et pour minimiser les risques qui évoluent de plus en plus rapidement autour de nous.
Ce billet vise simplement à stimuler une synergie entre les leaders curieux et passionnés pour actualiser le cadre que doit gérer l’école afin de favoriser le maximum d’apprentissages pour sa clientèle.
Mise en contexte
L’école vit une pression sans précédent de réviser son rôle et son mode de fonctionnement.
Elle doit composer avec la capacité limitée de payer de la société, le désengagement des parents, la gestion des enfants rois, l’intégration des élèves en difficulté d’apprentissage, la peur du changement, les habitudes forgées par le passé et le plan de carrière du personnel.
Comme si ce n’était pas suffisant, l’école doit décoder et exploiter les opportunités tout en minimisant les risques d’un environnement technologique qui évolue plus rapidement que la capacité d’assimilation de ses dirigeants et de ses enseignants: l’internet.
Dans l’histoire de l’humanité, c’est la première fois que le savoir n’est pas réservé qu’à l’élite. Chaque individu n’est limité que par sa capacité à se connecter à l’Internet et à lire (décoder) les informations qui sont disponibles. Les plus curieux évoluent plus rapidement de façon autonome et font la démonstration de plus en plus que « le savoir n’est plus l’exclusivité des enseignants ». Le maître serait-il devenu ignorant?
Même si elle peut s’appliquer à l’échelle d’un ministère ou d’une région, nous concentrerons notre réflexion sur l’école comme unité locale d’enseignement.
Avant son rôle, quelle est sa mission?
Le Programme de formation de l’école québécoise mentionne que la mission actuelle de l’école « s’articule autour de trois axes : instruire [avec une volonté réaffirmée], socialiser [pour apprendre à mieux vivre ensemble] et qualifier [selon des voies diverses] ». « L’école québécoise a le mandat de préparer l’élève à contribuer à l’essor d’une société voulue démocratique et équitable».
Personne n’est contre la vertu. Dans un document, cette mission est louable. Qu’en est-il avec l’internet comme réalité avec laquelle composer? Qui doit déterminer quoi instruire, où socialiser et comment qualifier?
L’internet n’est pas un média, un outil ou silo?, mais un environnement de communication entre humains et systèmes qui influencent déjà tous les aspects de notre vie. Comment la mission de l’école peut-elle permettre d’instruire vers l’autonomie, de socialiser aussi par le web et de qualifier pour faire évoluer la société dans cet environnement organique?
Dans ce contexte, est-ce que l’école est un lieu et un cadre pour enseigner des savoirs ou pour apprendre à les acquérir? Ce lieu et ce cadre doivent-ils être uniquement physiques? Sa mission est-elle de former des futurs leaders, des gens compétents à travailler ou des apprenants autonomes?
L’école doit-elle être la complice des intérêts économiques cherchant à combler des postes plutôt que de préparer l’élève à être maître de sa propre évolution tout en contribuant à celle de la société?
Le rôle de l’école de demain!
Valoriser la profession d’enseignant :
L’enseignant n’est pas un fonctionnaire disposant de trop de congés annuellement. Il n’est pas non plus un coût pour nos gouvernements et pour notre société ou un élément de convention collective à gérer.
Il est un puissant actif responsable de l’épanouissement des savoirs des élèves qu’on lui confie. En Corée du Sud, il est considéré comme un bâtisseur de nation. Nous devrions le voir de la même façon chez nous.
L’école a un rôle fondamental à jouer dans la perception que notre société doit avoir de cette profession à la base de notre richesse collective. Elle doit non seulement la valoriser, mais bien l’appuyer concrètement.
Former et guider les enseignants d’abord
Quelle approche pédagogique devrait être valorisée? Il n’y a pas si longtemps, l’approche behavioriste dominait à l’école. Dans cet esprit, les enfants étaient des vases vides que le maître devait remplir de connaissances. La majorité des enseignants actuels ont été formés avec cette approche et ont développé des habitudes fortement ancrées.
Dans le nouveau programme, c’est plutôt l’approche socioconstructiviste qui est valorisée où l’élève, au centre de son apprentissage, construit ses savoirs en lien direct avec la société. Maintenant que les réseaux virtuels sont devenus aussi importants que les réseaux traditionnels, faudrait-il passer directement au connectivisme?
Et les enseignants dans tout ça? Il ne faut pas s’étonner qu’ils aient peur. Ils ne savent pas par quel bout commencer. Ils ne disposent d’aucun repère pour ce qui se présente comme opportunités, pour identifier les risques et pour réviser leur rôle. Tout est à construire.
En tant qu’immigrants technologiques, ils ont besoin d’être guidés pour apprivoiser cet environnement numérique, les nouveaux modes de collaboration en ligne, l’accès à toutes les bibliothèques du monde au bout des doigts, les interactions sociales sans présence physique, les outils pour se simplifier la vie en toute mobilité …
L’école doit guider les enseignants afin qu’ils puissent à leur tour guider adéquatement leurs élèves.
Stimuler, nourrir, guider et évaluer les savoirs des élèves
Fini le temps où l’enseignant était un puits de savoir. L’enseignant devait pouvoir :
- stimuler l’intérêt et la curiosité de ses élèves dans des domaines diversifiés;
- nourrir leurs connaissances de base pour développer leurs compétences à décoder, à analyser et à communiquer un message avec le médium correspondant;
- les guider vers les sources de connaissances, de collaboration et d’outils d’apprentissage disponibles: dans l’école et en ligne. Il balise un chemin pour limiter les risques sans les éliminer;
- évaluer leurs savoirs, leur savoir-faire et leur savoir-être: dans la cour d’école et en ligne.
Comment alors un enseignant peut-il arriver à jouer ces rôles avec 20 % de son temps? Lorsque celui-ci passe 30 % de son temps à exécuter des tâches connexes à l’enseignement et 50 % à gérer les comportements des élèves, il ne lui reste qu’un maigre 20 % pour les aider à se préparer pour leur avenir.
Le rôle de l’école, c’est aussi de fournir un cadre de travail adéquat aux personnes responsables de l’épanouissement de nos enfants.
Fournir un cadre
L’école doit fournir un cadre :
- aux enseignants - pour pouvoir faire leur métier: enseigner. Enseigner c’est guider, transmettre, faire comprendre, tenter de rendre justice à chaque élève de sa classe, de lui apprendre à exploiter ses forces et compenser ses faiblesses. Laissons les enseignants enseigner. Leur travail n’en sera que plus bénéfique pour la société et pour leurs élèves.
- aux élèves - pour les éduquer et leur apprendre le savoir-vivre. Ils devraient pouvoir se développer d’un point de vue personnel, acquérir de la confiance en soi et apprendre à s’affirmer. L’école est une représentation encadrée de la société. Elle doit donc leur fournir ce dont ils auront besoin pour évoluer hors de ses murs.
- Spatial : physique et numérique. Un lieu sécuritaire où l’apprentissage est valorisé. Ce lieu physique doit également permettre aux élèves d’être connectés avec l’environnement numérique, mais non moins réel, l’internet.
- d’épanouissement intellectuel, social et physique. Il ne s’agit pas uniquement de concentrer l’outillage du cerveau, mais celui du corps également. Les activités physiques, et surtout en plein air, permettent de développer la confiance en soi, d’oxygéner le cerveau, d’évoluer en équipe et de développer d’autres habiletés. Les enfants ont besoin de bouger et d’établir ce lien essentiel avec la nature qui les entoure.
- avec les outils adéquats. Les « ordinausores » comme les appelleraient certains ou les « merdinateurs » comme dirait la grand-mère du petit Spirou ne suffisent déjà plus à suivre la parade. Il faut des connexions, un accès aux réseaux sociaux, aux milieux de collaboration en ligne, aux savoirs immenses dispersés sur le web. Pour les stimuler, il faudrait songer à mieux les équiper à l’école qu’à la maison.
Au secondaire, la moitié des adolescents ont déjà un iphone ou ipod touch. Pourquoi ne pas exploiter cette technologie qui est déjà entre les mains des jeunes? Au primaire, il faudrait un minimum pour chaque élève.
Plutôt qu’un TBI, pourquoi ne pas fournir une tablette informatique ou un ordinateur portatif avec accès internet à tous les élèves? Quelle différence de coût y aurait-il entre un ordinateur portatif ou une tablette et les 20 duotangs, les 26 crayons/effaces, les cartables, les feuilles lignées et les cahiers de toutes sortes? Il ne faut pas oublier que le pouvoir d’achat d’une école permettrait de fournir ces ordinateurs à un prix dérisoire par rapport au marché.
Toutefois, l’investissement des technologies sans révision des processus pédagogiques et la formation des enseignants/élèves n’apporterait pas les bénéfices escomptés et ne profiterait qu’aux lobbys qui frappent à la porte.
dans les réseaux sociaux - Il ne faut pas les interdire, il faut les baliser. Il est fondamental de développer l’esprit critique des élèves sans les apeurer. Ils doivent pouvoir reconnaître le savoir-vivre constructif des autres qui peuvent démolir (ex: cyber-intimidation, prédateurs sexuels, …). Pour encadrer les élèves avec efficacité, l’école se doit d’être en veille et en écoute constante sur le web.
Veiller et écouter!
Veiller, c’est rester à l’affût des connaissances et des tendances. Pour veiller, il faut savoir écouter. Pour écouter, il faut d’abord savoir décoder les messages qui nous parviennent. Et il est là le problème.
Avec tout le respect qui se doit et sans vouloir vexer personne, les dirigeants de nos écoles, formés majoritairement selon l’approche behavioriste, ne disposent pas des bases cognitives élémentaires pour décoder les messages et les multiples medias dans l’internet. Passer du behaviorisme au connectivisme relève de l’acrobatie sans filet pour eux.
Comment alors peuvent-ils guider les enseignants à faire de même avec les élèves? Pour guider, il faut connaître le chemin ou, du moins, savoir « lire » une carte et le fonctionnement d’une boussole pour se diriger… à moins que ce soit le réseau d’amis qui fournisse la direction et qu’il faille plutôt utiliser un GPS programmable.
Il importe que les dirigeants développent également leurs savoirs, leur savoir-faire et leur savoir-être pour veiller et écouter activement ce qui se passe; autant dans les écoles que dans les réseaux en ligne où leurs « membres » (enseignants et élèves) communiquent entre eux.
Comme dirait Confucius : « J’entends et j’oublie. Je vois et je me souviens. Je fais et je comprends ». Dans cet environnement où tout bouge si rapidement, il faudrait peut-être considérer laisser une place de choix à l’exploration et à l’expérimentation.
Explorer et s’ajuster!
La curiosité, la confiance en soi, la capacité de lecture et la disponibilité des savoirs sont les quatre conditions à l’auto-apprentissage. Comme une équipe est toujours à l’image de son chef, les dirigeants ne doivent pas avoir peur d’explorer et de s’ajuster dans une démarche cybernétique.
Par exemple: un des grands enjeux de Facebook et de Google pour le monde des affaires est la personnalisation de l’approche publicitaire. Déjà, ce que nous écrivons et où nous le faisons sur le Web sont de puissants indices que nous leur fournissons pour nous faire offrir par ricochet des promotions taillées sur mesure pour nous.
Si nous appliquions cette capacité de personnalisation publicitaire à l’approche pédagogique maintenant. Au lieu de pousser des connaissances aveuglément et par des algorithmes d’analyse du comportement en ligne d’un élève, est-il possible de qualifier le niveau de curiosité, de confiance en soi et la capacité de lecture d’un sujet pour guider l’apprenant vers les sources de savoirs dans une approche plus individualisée, à son rythme et dans son canal de communication préféré?
Autre piste d’exploration : comment pourrions-nous explorer la combinaison d’apprentissage à l’école et à la maison en alternance? Comment les parents pourraient-ils développer le plaisir d’assister leurs enfants? Que pensez-vous d’une approche par compagnons numériques ou par mentorat 2.0?
Au lieu de réinventer la roue et à l’instar de l’utilisation pédagogique de Twitter de Laurence Juin, quelles sont les autres expériences pouvant inspirer les dirigeants de nos écoles? Comment pourrions-nous les colliger et les organiser pour une consultation simple et intuitive pour tous les intervenants concernés?
Catalyser et animer « synergiser » le 1 %
Individuellement, il est impossible de suivre l’évolution de cet environnement alimenté par des milliards d’individus et davantage de systèmes. Pourquoi ne pas le faire en réseau intelligent?
Plusieurs indices témoignent que, pour qu’un réseau social sur Internet soit vivant, il ne faut que 1 % de contributeurs actifs. Parmi les dirigeants, les enseignants, les élèves et les parents, de qui est constitué le 1 % de curieux capables de lire les opportunités et les risques d’intégrer l’internet au coeur des approches pédagogiques?
L’école doit également jouer ce rôle de catalyseur et d’animateur entre ces passionnés qui disposent de savoirs précieux pour la former et la guider à assumer tous les rôles que nous avons décrits précédemment.
Ces réseaux pourraient s’animer à trois niveaux :
- local et régional : qui sont-ils? À cause de leur proximité géographique, ces réseaux pourraient constituer de puissants laboratoires pour l’animation et l’apprentissage “online”/ “offline”.
- Provincial : qui sont les émules ou les dauphins des Mario Asselin, Sylvain Bérubé, Sébastien Paquet, Patrick Giroux, Ali Kinaze, l’auteur de La déséducation, les leaders de l’École communautaire entrepreneuriale …?
- Linguistique : qui sont ces leaders inspirés par tous les participants de Clair2010 et Clair 2011,, Laurence Juin, Florence Meichel, François Guité, Roberto Gauvin, Christine Renaud, Jacques Cool, les membres actifs du réseau Apprendre2.0 et du programme des écoles communautaires du Nouveau-Brunswick comme Alain Poitras. …
Quel est le rôle des élèves et des étudiants?
Betty : « Qu’est-ce qu’elle attend de moi? ». Mme Watson « La présence! ».
Pas uniquement la présence physique, mais la présence intellectuelle pour écouter activement et pour participer à ce processus d’apprentissage en réseau. La qualité de cette présence peut certainement être affectée par les distractions qu’un ordinateur connecté à Internet peut nous offrir.
Si le « multi-tasking » est de plus en plus valorisé, les apprenants doivent également développer la capacité de juger, leur capacité à le gérer et l’importance d’une plus grande concentration pour la réalisation d’un travail de qualité. Sur une table d’opération, souhaitez-vous que votre chirurgien mette son statut Facebook à jour pendant qu’il vous opère?
Les parents et la communauté dans tout ça?
L’école ne doit pas être construite comme un silo, mais une composante active d’une communauté riche et vivante.
Même si leur implication est très variable selon leur niveau financier, leur culture et leur niveau de curiosité, ce fameux 1 % doit être au coeur de l’équation et non seulement être perçu comme une variable indésirable. Ce 1 % ne doit pas remplacer la direction et les enseignants, mais être des « veilleurs” privilégiés et des contributeurs » pour trouver les moyens de permettre à l’école d’assumer ses rôles.
Pourquoi pas des parents entrepreneurs? Ces derniers doivent également composer avec cet environnement organique qu’est l’internet pour survivre et pour se développer. Quelles sont leurs découvertes qui pourraient bien servir ses enfants et l’école de sa communauté? Nous en connaissons quelques-uns qui seraient ravis d’être invités à bonifier votre réflexion et à parfaire vos savoirs liés à l’exploitation de cet environnement en toute intégrité.
Quel est le profil du client que l’école doit servir?
Loin de nous l’idée d’apporter une dimension mercantile à notre réflexion. Toutefois et comme l’internet est un environnement où l’acheteur veut et peut diriger le dialogue, si nous considérions l’élève comme le client pour un moment?
En affaires, un client franchit toujours ces cinq (5) étapes à des vitesses variables, peu importe qu’il achète un produit ou un service. Il doit :
- d’abord trouver un ou des fournisseurs pour répondre à son besoin;
- le(s) qualifier pour n’en retenir qu’un;
- transiger avec celui sélectionné;
- utiliser le produit ou le service;
- apprécier l’ensemble de l’expérience.
Les entreprises doivent identifier les besoins et les requêtes de leurs clients à chacune de ces étapes et préparer les réponses correspondantes à être livrées au rythme des clients et dans leurs canaux de communication préférés, c’est-à-dire là où ils s’expriment.
Est-ce que l’élève franchit ces mêmes étapes? Nous croyons que oui avec les nuances suivantes : Chaque élève, de façon explicite ou non, doit:
- Recevoir (push) les bases ou trouver (pull) les compléments de savoirs;
- Qualifier et comprendre (sujet, source et média);
- Acquérir les savoirs;
- Les intégrer (utiliser) dans sa personnalité, ses processus et ses systèmes;
- Évaluer (apprécier) l’expérience d’apprentissage.
Pour chacune de ces étapes, par matière, par niveau, selon l’âge et même le sexe, comment pouvons-nous qualifier le niveau de savoirs, de curiosité et de confiance pour ensuite déterminer quelles sont les meilleures approches pédagogiques et systèmes (outils, technologies) à utiliser? Pour parfaire leurs propres savoirs, cette analyse devrait se faire également pour les enseignants et pour les directions d’école.
Nous avons organisé ces paramètres dans une matrice que nous avons exposée à Clair2011 et qui a le potentiel de structurer un wiki des meilleures pratiques d’apprentissage intégrées par l’Internet. Elle pourrait constituer une grille d’amélioration continue des approches pédagogiques et de veille collaborative disponible pour tous les intéressés. Cette matrice permettrait également d’envisager des approches pédagogiques et un rythme d’acquisition des savoirs personnalisés.
À qui revient le rôle d’identifier les savoirs à acquérir?
Quelles sont les bases, les sujets, les langues, les références culturelles et historiques à promouvoir? Actuellement, cette responsabilité revient aux autorités ministérielles qui souffrent autant « d’illitératie » ou d’analphabétisme numérique que la majorité des membres du réseau actuel.
Nous croyons que ce rôle devrait revenir à ce réseau de 1 % dans lequel des représentants de ces autorités et de communautés nés dans d’autres pays pourraient contribuer activement.
On veut bien, sauf que…
…il y a les rôles souhaités et il y a une réalité avec laquelle composer :
- Les professeurs surchargés;
- Le double agenda des professionnels : leur attention est-elle concentrée entièrement au développement des savoirs des enfants, à faire avancer leur carrière ou encore à compter les dodos avant leurs vacances ou leur retraite?
- Les intérêts des syndicats : est-ce que la carrière de leurs membres et les cotisations qu’ils reçoivent passent bien avant l’optimisation des savoirs des élèves?
- Les commissions scolaires constituent des intermédiaires sans valeur ajoutée. Elles forment des goulots et consomment des argents qui seraient mieux investis à permettre aux écoles d’assumer leurs rôles et aux enseignants de se concentrer à enseigner. Les ex-commissaires faisant partie de ce fameux 1 % vraiment passionnés par l’éducation et non les jeux politiques pourraient intégrer ce réseau aux énergies à catalyser;
- la gestion des élèves avec des troubles d’apprentissage : est-ce le rôle de l’enseignant, de l’école ou de la société à composer avec ce défi?
- le désengagement des parents : est-ce le rôle de l’école, de l’enseignant ou de la société de compenser?
- la gestion des échecs. Nous sommes évalués sévèrement au quotidien dans la vie. Par une baisse de la demande, les entreprises doivent réagir sinon elles disparaissent. Même s’il y a des coûts financiers et émotifs (fierté) associés aux échecs des élèves, est-ce que les directions d’école cherchent à masquer ces échecs ou à les transformer en occasion d’actualiser l’approche pédagogique et/ou le cadre offert?
- nous sommes confrontés à une culture d’individualisme, de droits de MA personne, où la coexistence constitue tout un défi sur une planète qui se densifie et qui donne des signes d’essoufflement;
- même si l’internet élimine les frontières physiques, les programmes scolaires sont développés par référence géographique et non linguistique.
On efface le tableau et on recommence?
Le président Obama a récemment invité sa population à changer l’équation (Change the Equation) en matière d’éducation. Ne devrions-nous pas aller plus loin? Ne devrions-nous pas avoir le courage de peser sur les touches « Ctrl+Alt+Delete » et repartir sur une feuille blanche Google partagée?
Est-il possible de réinventer l’école sans détruire ses mûrs? Est-il possible d’accomplir une telle transformation à l’intérieur du système public? Nous en doutons si l’initiative vient des dirigeants actuels car leurs craintes et leur vitesse de progression constitueront de puissants freins.
Pour y parvenir, il faut intégrer la base dans l’équation : les enseignants et les élèves. Les révolutions en Tunisie, en Égypte et maintenant en Libye ne sont que quelques exemples du pouvoir de la base lorsqu’elle décide de changer de cap.
Ces révolutions n’ont été possibles que par l’exploitation massive des réseaux sociaux qui ont transformé de multiples intentions individuelles en de puissantes actions collectives. L’école doit-elle attendre ce genre de révolution agressive ou stimuler une autre révolution tranquille en profondeur?
En tant qu’enseignante, ma fille ne peut changer le monde qu’une classe à la fois! En tant qu’entrepreneur, je crois qu’il est possible de rassembler et de « synergiser » les énergies positives pour y parvenir. Mais le temps presse; la révolution numérique est déjà en cours.
Comme a partagé avec justesse M. Jean-Claude Plourde en commentaire de ce billet : «Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement » Françis Blanche.
Conclusion
Le principal rôle de l’école est de garder le focus sur l’acquisition du maximum de savoirs par les enfants d’abord : pas à protéger le système, les murs ou les carrières. Pour le faire en y intégrant la gestion des opportunités et des risques de l’internet, l’école doit avoir le courage et intervenir en réseau pour reprogrammer les GPS (Gens - Processus - Systèmes).
L’établissement des orientations de l’école pour assumer ces rôles doit d’abord passer par un camp d’entraînement intensif de ses dirigeants. Pas uniquement sur le comment fonctionne la technologie, mais sur le pourquoi ça évolue aussi rapidement, sur les paramètres à considérer pour savoir lire les tendances et sur les où cela se passe sur la planète.
Les dirigeants doivent comprendre que cet environnement où le client est roi se développe selon deux axes : la langue (humains et systèmes) et les intérêts…pas la géographie. Cette nouvelle réalité impose une révision de paradigmes et de modèles d’intervention.
Par exemple: pour actualiser les savoirs à devenir de meilleurs guides, il faudrait également pouvoir évaluer les enseignants et les directions d’école. Comme autre changement de paradigme, serait-il souhaitable de disposer de caméras pour suivre la dynamique de chaque classe pour mieux supporter le travail des enseignants et pour rassurer les parents?
Les directions d’école doivent convenir d’une vision en réseau à court, moyen et long termes. Pour les assister, il existe des pionniers qui ont exploré et qui continuent de le faire. Ces pionniers devraient être reconnus et mieux organisés en réseau pour inspirer toutes les directions d’école dans les décisions fondamentales qu’elles doivent prendre.
L’internet se développe en de multiples réseaux d’intérêts autour de langues communes. Il influence nos rapports sur le terrain et notre propre évolution. Avant de guider les enseignants et les élèves vers les bonnes sources et les technologies appropriées, il faut d’abord pouvoir les repérer et les qualifier. À la vitesse où tout évolue, ça ne peut se faire qu’en réseau intelligent.
L’école doit maintenant réfléchir et agir en réseau pour permettre à nos jeunes de savoir qualifier les opportunités et gérer les risques de cet environnement qui n’a pas fini de nous étonner. C’est en réseau que ce billet fut développé et c’est ainsi que nous souhaitons évoluer.
Myriam Gendron - Étudiante à l’Université de Montréal en enseignement primaire et préscolaire
Luc Gendron - Partager, qualifier et transiger dans l’internet depuis 1996. Stratège, formateur et performant en développement des affaires Web internationales



[...] d’enseignement (FQDE) pour leur confiance. Le billet suivant se trouve également dans leur blog ainsi que dans leur revue [...]